Belle Toscane
Marbre et Carrare

Le marbre
Définition : roche dure, calcaire, ayant subi une transformation mécanique et thermique appelée métamorphisme.
Pur, translucide, blanc laiteux parfois veiné de gris, le marbre de Carrare a fourni un matériau d'une exceptionnelle valeur dans l'édification de monuments et le travail de la sculpture au fil des siècles.
Déjà exploitées sous le règne d'Auguste (63 av.JC), les carrières renferment des vestiges archéologiques encore visibles à ce jour et témoignent de la production de marbre depuis l'Antiquité; la connaissance de ce site remontant à 2500 ans.
C'est de Luni, port romain actif, situé près de l'actuelle Carrare, que partaient les bateaux exportant le marbre. Son envasement et la malaria provoquèrent peu à peu l'abandon de l'exploitation.
Le renouveau architectural du XIème siècle vit la reprise de l'activité des carrières avec l'édification des cathédrales (Duomo) dans toute l'Italie.
Dès le début du XIIIè siècle, le travail du marbre prit une part importante dans l'embellissement des villes : palais, places, églises, sépultures etc..
A la Renaissance, avec la relance de la vie culturelle et des arts, de nombreux sculpteurs viendront choisir dans les Alpes Apuanes dominant Carrare les blocs d'où sortiront des chefs d'oeuvre universels. En 1505, Michel Ange habita face au Duomo et passa plusieurs périodes dans la montagne pour choisir le marbre du tombeau commandé par le Pape Jules II, il avait auparavant sculpté son David à Florence, entre 1501 et 1504, dans un bloc choisi à Carrare et abandonné par un autre artiste.
En amont de ces réalisations artistiques, il faut aussi considérer le travail éprouvant de milliers d'ouvriers depuis des siècles.
L'extraction se fit d'abord au burin et au marteau dans les fentes naturelles du matériau. Les blocs dévalaient en chute libre des pentes dégagées de toute végétation et se brisaient en arrivant dans la plaine. Vint alors l'utilisation de la "lizza" : sur une pente garnie d'un "chemin" de troncs de bois savonnés à main d'homme glissait un berceau où était placé le bloc, le tout guidé par cables et cordes. Cette méthode nécessitait une main d'oeuvre importante soumise au risque perpétuel d'accidents graves. L'avènement du rail remplaça l'utilisation des chars à bœufs et améliora le transport, mais la dénivellation de la voie ferrée était telle que ce moyen fut abandonné au profit d'une rotation de camions accèdant aux différents sites par un tunnel creusé dans le marbre de la montagne. Les blocs sont à présent découpés par les moyens les plus modernes et amenés à Carrare par un lacis de routes impressionnantes.
On peut visiter, à l'est de Carrare, les carrières des Frantiscritti (6km) et de Colonnata (env 8km) le matin et les jours fériés. Colonnata a également laissé son nom à une préparation de lard remontant à l'an 1000 et destinée traditionnellement à l'alimentation des carriers. Ce lard salé et parfumé d'arômes divers dégusté en fines lamelles sur un pain un peu chaud fait le délice de milliers de touristes assistant à la Fête du Lard le second dimanche suivant le 15 août.
Première ville à l'Ouest de la Toscane, Carrare nous libère des nombreux tunnels en venant de Gênes.Elle offre un paysage riant mais rappelle par le stockage des blocs et plaques de marbre des deux côtés de la route que, là haut, dans la montagne tailladée, le rouge du sang des hommes s'est souvent mélé à la blancheur du marbre.
Une balade au coeur de la ville témoigne de l'utilisation de ce matériau dans les palais, places, cathédrale (XI/XIVè siècle) et églises. Des ateliers se chargent d'exécuter des copies d'oeuvres célèbres, l'Académie des Beaux-Arts ayant conservé la tradition de la sculpture classique.
Nullement tournée vers son passé, Carrare produit et exporte ses marbres. La foire internationationale du marbre (MARMOTEC) catalyse vers la fin mai, l'intérêt des professionnels venus du monde entier.
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